Introduction à l’Evangile de Saint Matthieu
Article mis en ligne le 2 février 2017
dernière modification le 3 février 2017

par BR
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Introduction à l’Evangile de Saint Matthieu (d’après le bibliste Claude Tassin)

1- Un « Evangile »
Pas une biographie de Jésus, mais une « Joyeuse Nouvelle » qui, bien après la résurrection de Jésus, vient conforter les croyants dans leur foi. Chaque évangile est le résultat d’une histoire complexe qu’on peut schématiser en 3 étapes :
• Jésus a prêché environ 3 ans (de 28 à 30) en Palestine, entouré de disciples, de témoins, mais personne n’a rien écrit.
• Des années 30 à 60 se forment les 1ères églises, avec des témoins qui ont prêché d’après leurs souvenirs ou en mettant par écrit des paroles, des miracles et le récit de la passion de Jésus. Objectifs : avoir des aide-mémoires pour annoncer Jésus ressuscité aux juifs et aux païens, nourrir la vie liturgique et catéchiser les chrétiens.
• A partir des années 60, à cause de persécutions, de tensions internes aux communautés et en voyant disparaitre tous les témoins oculaires qui avaient connu Jésus, rédaction des évangiles pour nourrir leur foi de manière cohérente et garder les traits authentiques du Christ.

2- Les matériaux de l’Evangile de Matthieu
L’évangéliste a déjà une édition de l’Evangile de Marc, rédigé vers l’an 60, dans laquelle il puise beaucoup.
Il dispose d’une autre source, assez mystérieuse qu’on appelle Q (Quelle = source en allemand) : un recueil de paroles, dont dispose aussi Luc pour son évangile.
Il insère aussi des traditions particulières conservées par son Eglise, mais ignorées des autres évangélistes, par exemple les récits de l’enfance de Jésus (Mt 1-2)
Matthieu ajoute sa réflexion personnelle et organise ses matériaux : ce n’est pas un copiste mais un théologien et un catéchète, à l’écoute de l’Esprit Saint, qui adapte le message du Christ à la situation de l’Eglise à laquelle il s’adresse. Cet Evangile daterait des années 80 – 90.

3- L’Evangile de Matthieu, reflet d’une communauté
Matthieu est à la fois le plus juif et le plus anti-juif des évangélistes :
• L’environnement juif :
-  du temps de Jésus, 2 pôles dominent la vie religieuse et sociale : 1) le Temple (bâtiment, grand-prêtre et clergé) ; 2) la Loi de Moïse, interprétée par les scribes. Gravitent autour, des courants religieux comme les pharisiens, les sadducéens, les hérodiens, avec des pratiques diverses…
-  après l’an 70, quand le Temple a été détruit par les Romains, le judaïsme n’a plus qu’un pôle : la Loi de Moïse, et qu’un parti dominant : les pharisiens, assistés de leurs scribes.
Compte tenu de ces 2 situations très différentes, on comprend que l’évangile de Mt a été écrit après 70, date de la ruine de Jérusalem et de la destruction du Temple (cf Mt 22,7). Les pharisiens omni-présents dans l’Evangile sont en fait ceux que les 1ers chrétiens ont eu à affronter dans les années 80.
• Juifs et Chrétiens : la communauté de Matthieu
Pour éclairer les Chrétiens des années 80 dans leurs rapports avec les pharisiens, il se réfère au comportement de Jésus 50 ans plus tôt, en complétant ou en accentuant ses mots et ses gestes pour les adapter au nouveau contexte. De qui est constituée l’Eglise de Matthieu ?
-  De chrétiens d’origine juive qui conservent leurs pratiques et leurs traditions, mais qui, persé-cutés par les autorités juives comme hérétiques et renégats, se relâcheraient : d’où le discours très anti-pharisien de Matthieu, appelant à la persévérance dans la foi.
-  De chrétiens d’origine païenne qui rejetteraient volontiers l’Ancien testament et la Loi de Moïse
-  Les uns sont pour une Eglise fidèle à ses racines judéo-chrétiennes (malgré l’opposition juive), les autres veulent s’ouvrir plus largement et en priorité à « toutes les nations », option choisie par Matthieu, tout en en respectant le 1er groupe.
-  L’insistance de Matthieu sur les petits, les enfants, ceux qui peinent, s’oppose à sa sévérité à l’égard de ceux qui abusent de leur pouvoir : les attaques contre les scribes et les pharisiens dénoncent le cléricalisme et l’esprit de domination qui risque de s’introduire dans l’Eglise.
En résumé, la communauté de Matthieu est très variée, écartelée entre la fidélité à ses racines et son identité propre, entre l’appel à une mission universelle et les oppositions venant de l’extérieur (critiques ou menaces des Juifs, des païens) ou de l’intérieur (tiédeur, autoritarisme, manque d’attention aux petits…).

4- Quelques traits de Jésus dans l’Evangile de Matthieu
Jésus apparait d’une grande tendresse à l’égard des petits, des affamés, des marginaux de la religion et de la société. Il est violent à l’égard de ceux qui sont autoritaires et égoïstes à l’égard des faibles.
1-Matthieu désigne Jésus comme le Christ (=Messie), le fils de David, le fils de l‘Homme, titres enracinés dans la Bible et la Tradition juive. Cela permet un dialogue entre juifs et chrétiens. Mais il culmine dans le titre de « Fils de Dieu », résumé du Credo de l’Eglise, mais inadmissible pour les Juifs.
2-Jésus cite les prophètes pour souligner que Jésus n’abolit pas mais « accomplit » l’Ancien Testament.
3-Seul véritable interprète de la Parole de Dieu, Jésus enseigne l’Eglise à travers 5 longs discours.
4-Jésus annonce l’Evangile du Royaume des cieux qui enveloppera un jour tout l’univers, alors que les temps présents (et l’Eglise actuelle) sont marqués par le mélange de bon grain et d’ivraie.
5-Ayant reçu de Dieu toute autorité, Jésus est juge des institutions juives, de la conduite des disciples, et de tous les hommes (cf jugement dernier en Mt 25).
6-En même temps, Jésus est « doux et humble de cœur », refusant les moyens de puissance, obéissant jusqu’à donner sa vie, s’en remettant pleinement à son Père.

5- A partir de ce qui précède, qui est Matthieu ?
En Mt 10,3 est mentionné « Matthieu le publicain ». La tradition chrétienne du 2ème siècle a dit qu’il était l’auteur de l’Evangile. Mais il est difficile d’attribuer à un publicain la science biblique que l’on trouve chez cet évangéliste. Utilisant les mêmes méthodes d’exégèse que les scribes juifs, Il serait plutôt le représentant d’une équipe de biblistes chrétiens travaillant à l’interprétation chrétienne de l’Ancien Testament. On pense aussi que les 12 apôtres avaient disparu à l’époque de la rédaction de cet évangile. Mais l’ex-publicain Matthieu a pu collaborer à la 1ère évangélisation et être honoré en voyant attribuer son nom à cet Evangile… Cela correspond bien aux procédés littéraires de l’époque.

Conseils pratiques
Constituer un groupe de partage autour de l’Evangile de Matthieu

Commencer par former un groupe de 2 ou 3 personnes pour s’étendre ensuite à un plus grand nombre.
Contacter le secrétariat de la paroisse et les réseaux existants : parents qui ont leurs enfants au KT, à l’éveil à la foi, à l’aumônerie ; personnes que l’on rencontre à la sortie de l’école, chez le boulanger ou chez Leclerc et Lidl. Penser à des voisins de quartier, des proches, (famille, amis…), des collègues de sport ou de loisirs, des commerçants, des personnes qu’on ne voit plus à l’église ou qu’on a croisées dans le passé…
Ce n’est pas facile, mais il est important d’oser proposer, sans insister… Lancer des invitations très simples, pas intimidantes… Se mettre en route ensemble, pour un temps de découverte, de partage de foi et de vie, d’amitié, de convivialité. Si on ne l’a pas encore reçu, recevoir le livret de l’Evangile de Saint Matthieu : c’est un cadeau précieux par son contenu, pas par sa valeur marchande !

Prévoir une 1ère date et un lieu de rencontre, puis le groupe s’organisera ensuite avec tous les participants : quel lieu, quel horaire (durée environ 1h 30) ? Quels textes choisir dans l’Evangile (en fonction du nombre de rencontres prévues, du temps liturgique, de la sensibilité de tel ou tel…) : 12 « zooms » sont proposés avec quelques explications et questions pour aider à avancer.
On peut répartir des rôles : l’organisation (accueillir chez soi, prévoir une boisson à la fin…), l’animation (veiller gentiment à ce que chacun puisse s’exprimer en calmant les bavards et en stimulant les timides), un petit temps de prière… Envisager de s’aider pour le transport (covoiturage).

Rester ouvert à l’imprévu et à ce qu’expriment les personnes. Il ne s’agit pas de faire une étude intellectuelle, de transmettre des connaissances ou de faire un débat d’opinions. Viser plutôt un partage de foi vécue, une rencontre de personne à personne…

Le diocèse nous propose sur son site internet des fiches pratiques qui peuvent nous aider au partage. :
ICI et aussi ICI



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